samedi 30 janvier 2010

28 janvier - Rires des fleurs de lotus











A 10h, je retrouve comme prévu, de l’autre côté de la ville, au Sunset Café, Raju, le Brahamine, pour la puja. Assis à la terrasse du Sunset, face au lac, je le vois arriver, tout de blanc vêtu, la serviette rouge soigneusement pliée en écharpe, sur l’épaule.


Il prend tout son temps pour me faire faire la puja, sorte de rituel de bénédiction pour le pélerin et sa famille. Les hindous se plongent dans les bassins (ou le lac) car l’eau est supposée promettre une bonne santé. Raju m’explique patiemment diverses choses sur sa religion ; que Pushkar est la ville de Brahama (le “dieu” créateur de la trinité hindoue), une autre ville est dédiée à Vishnu et une troisième, Bénarès, à Shiva, déité de la destruction (qui détruit pour recommencer). Et d’autres informations telles que celles-ci : sur les 18 000 habitants que comptent la ville de Pushkar, 2000 sont brahmines. Et les seuls revenus d’un brahmine sont les offrandes. Que les vrais sadhous ne traînent pas en ville mais vivent, très solitaires, dans les montagnes.

La puja dure longtemps, le rituel est très esthétique et symbolique. Je ne suis pas trop surpris d’entendre dans les demandes aux dieux qu’ils me donnent, outre la bonne santé, un “good job” et un “good business”. L’argent n’est vraiment pas un tabou. Avec lui je prie pour tous les membres de ma famille : enfants, femmes, parents et grands-parents ; répète les mantras ; puis nous jetons à l’eau les pétales de rose.

La puja finie, je retrouve Deepu.


Nous partons à moto (c’est encore mon brahmine, Raju, qui a chaussé une paire de lunettes de soleil pour l’occasion, qui me pilote) pour une séance photos à l’école de la fondation. Lors d’une discussion avec Deepu, j’ai proposé de leur faire autant de photos qu’ils le souhaitent pour leur site Web ou tout autre usage qu’ils voudraient - et Kam m’avait dit la veille au soir qu’ils cherchaient justement un photographe. Ils avaient décliné la proposition d’un précédent photographe (Français, du reste) qui demandait 500 euros pour un tel travail.


Lorsque nous arrivons, l’heure du repas s’achève. Joyeuse excitation des enfants devant l’objectif photo ... Je rencontre la directrice, des professeurs. La directrice actuelle va se marier et doit, par conséquent, arrêter son travail. Prochainement. Ces enfants sont comme tous les enfants du monde, avec quelque chose en plus et quelque chose en moins. Dans certaines classes, on est assis par terre. L’école, en cette saison, commence à 7h du matin et finit à 14h car après, il fait trop chaud.


L’école proprement dite occupe une partie de ce qui, en fait, est un temple, et cette partie des bâtiments est louée à la Fondation. Mais sachant que celle-ci est financée, pour une bonne part, par des occidentaux, les responsables du temple ont tendance à augmenter les loyers.

Je reviens vers 13h00 pour une deuxième séance photos ; je veux assister à la leçon de “computer” (j’ai déjà pris tellement de photos que je dois les télécharger sur mon ordinateur). L’école dispose de quelques ordinateurs mais ils sont soigneusement enfermés par peur des vols. Ce jour-ci, le cours se donne sans ordinateur. Chaque élève dispose d’un cahier imagé expliquant l’informatique et le fonctionnement, je pense, de Windows. La professeur donne le cours en lisant son propre cahier du maître. J’ai quelques difficultés à me faire oublier des enfants ... la prise de photo est, une fois de plus, un régal. Attitudes des enfants, sourires, rires, espiègleries, couleurs, ...

Je passe ainsi dans quelques classes, m’assied dans le fond pour me faire oublier autant que possible des enfants et déranger le moins possible le cours.

Chaque élève dispose de son cartable et de toute le matériel nécessaire ainsi que d’un petit récipient en alu, fermé, pour son repas de midi.




A 14h, lorsque le minibus embarque les enfants pour les ramener dans leurs villages, je décide de monter à bord.


Ambiance. Minibus bondé (je suis le dernier d’une main en prenant des photos de l’autre. Trafic, klaxons, vaches, vélos, ... Peu à peu les enfants descendent.


Le minibus revient à l’école pour une seconde tournée, dans un autre village. Il y a alors un peu moins d’enfants et je peux m’asseoir à l’avant. J’ai ainsi tout le loisir de découvrir encore un peu mieux qu’avec mes gypsies à moto le désert environnant. Tentes de gypsies effectivement, petites maisons, hutes, maisons que l’on qualifierait de “bourgeoises”, cultures, ... La conduite est hallucinante. A gauche en principe mais en réalité, une fois à gauche, une fois à droite, selon le mouvement d’une vache, d’un vélo, d’une charette, d’un autre bus en face qui fait un dépassement, etc.


Ayant déposé ces derniers élèves, je m’assied à côté du jeune et sympathique chauffeur. Tout à coup il s’arrête sur un chemin de terre, descend de son char et monte sur le toit, juste sous un arbre. Il en redescend au bout de quelques instants avec une grosse poignée de boules vertes, comme de gros petits poids. Il me fait goûter ; “très bon pour la santé” m’affirme-t-il. Quelques minutes plus tard, il charge 3 paysannes en saris multicolores, femmes d’un âge plus qu’avancés. Avec leur grosse corbeille, elles se rendent à petit marché local. Je demande bien sûr à les photographier mais pour le visage, c’est non. Rire. Elles m’offrent alors une grosse poignée de gros haricots ; le chauffeur tente de m’expliquer et de me montrer - tout en roulant - comment les ouvrir. Finalement j’y arrive. Je remarque alors les mains et les bijoux extraordinaires de ces dames : photos, re-rires. Elles ne m’ont bien sûr demandé aucun roupie.

De retour, je vais me prélasser 2h au soleil de la guesthouse.

A longueur de journée, j’ai mon appareil photo prêt. Il faut être sur un qui-vive permanent ... à chaque minute il se passe quelque chose. Je n’ose pas compter le nombre de photos que j’ai faites jusqu’à ce jour. Sans doute entre 2 et 3000.


mercredi 27 janvier 2010

27 janvier - Bhopa happy end ... & New page ...











Je commence cette journée avec une petite appréhension. Tout ce que m’a expliqué Laurent hier soir sur les réseaux d’escroquerie semble se confirmer ; or Rampaji m'a invité à dîner à son "camp" et je ressens un malaise.

Mais tout d’abord, je commence ma journée, après un tchaï avec Rampaji, en retournant faire des photos dans la même école que hier.

Puis je me risque dans un dispensaire pour une petite plaie au pied (causée par mes tongs à 2 euros). Très bonne expérience !


Après le déjeuner, je contacte le responsable de la fondation “Fior di Loto” (fleur de lotus). Retenez ce nom et déjà, sans hésiter, visitier leur website :

Le responsable de l’organisation, Deepu, me répond et me fixe rendez-vous tout de suite au Sunset Café, fantastique hôtel restaurant le long du lac. Il porte bien son nom puisque c’est le meilleur endroit pour apprécier le coucher de soleil.

Je m’y rends immédiatement et m’installe en bordure de terrasse, mais intérieur, et face au lac, aux ghats, aux montagnes. Je commande un “black cofee” et j’attends. L’attente se prolongeant, je commence à faire des photos. J’assiste à des scènes extraordinaire et, équipé d’un téléobjectif, je fais du vrai boulot de paparazzi ... un régal.







Au bout de 1h30 environ, n’ayant pas vu Deepu dont je me dis qu’il a dû être retenu en dernière minute, je rentre à mon hôtel. Mais en passant, je téléphone à Deepu. Il était au sunset mais ... en terrasse extérieur, à une extrémité ... D’une voix étonnament douce et comme s’il n’avait rien d’autre à faire, il dit m’envoyer quelqu’un à moto, à la guesthouse ; il m’attend au Sunset. Effectivement, quelques minutes plus tard, le motard en question arrive. Traversée de tout la ville (par l’unique “main street” des boutiques) jusqu’au sunset. Je rencontre Deepu. Il est Brahmine mais il est le responsable, en Inde, de la Fondation Fior di Loto.

Je lui explique ce que je vis avec Ramapji qui me demande de plus en plus d’argent, des tentes, le financement des études de ses enfants mais je lui expose mes perplexités. Et mes craintes sont alors bien confirmées, il y a arnaque totale. Néanmoins, j’avais fixé rendez-vous à Rampaji à 17h ; il m’avait invité à dîner dans son “campement” (Deepu me dit qu’ils ont, en fait, des maisons mais font venir les touristes dans mon genre dans ce pseudo-camp). Je suis très sensible à la situation des enfants de Rampaji ; Deepu me propose de le rencontrer dans le bureau de la Fondation, au centre ville. Je vais chercher Rampaji là où nous nous étions fixé rendez-vous. J’espère que Rampaji acceptera de faire scolariser ses enfants dans l’école dirigée par Fior di Loto et non dans l’école privée qu’il me proposait. Car j’apprends qu’en fait, l’escroquerie est la suivante : un gypsy emmène un touriste préalablement bien manipulé, sur le plan émotionnel (ainsi que me l’avait expliqué Laurent la veille) à cette école et lui demande de financer la scolarité d’un ou plusieurs de ses enfants. Si le touriste accepte, la directrice et le gypsy se partagent, en fait, le montant. Et aucun enfant n’est scolarisé.

J’avais senti venir le problème. Car lors de ma rencontre, hier, avec la directrice, j’étais surpris qu’elle me demande de payer cash ; j’étais surpris aussi qu’il soit encore possible de réinscrire des enfants en février alors que, en Inde - elle venait de me l’expliquer - les congés d’été commencent en mai. Et d’autres détails, les dernières 48h, m’avaient laissé perplexes.

Je retrouve donc Rampaji à 17h ; il est accompagné de l’un de ses fils, 10 ans environ, que j’aime beaucoup. Il accepte de se rendre avec moi dans le bureau de Deepu. Deepu et lui s’expliquent en hIndi et je sens le malaise, énorme, de mes camarades gypsys. Toutes les craintes sont confirmées, de vive voix, par Rampaji : il possède effectivement une maison ; il n’a pas besoin de tentes ; et finalement, et malgré mes demandes, il refuse de scolariser ses enfants dans la Fondation. Son choix est de continuer son petit business. Rampaji sort du bureau. Je me sens très triste de sa décision ; j’ai même interpelé son fils sur ce qu’il voulait, lui. Mais rien à faire.


Tout à coup, je me sens libéré, en dépit de ma tristesse, d’un poids énorme. Effectivement, j’étais victime, depuis 3 ou 4 jours, d’une subtile et puissante manipulation émotionnelle. J’avais beau tenté de résister, c’était très difficile. Mais comme me le disait Laurent hier soir, il y a toujours, chez “l’escroc”, un détail qui tue et le trahit. En l’occurence, j’avais remarqué, il y a 2 jours, que Rampaji portait des chaussures flambant neuves ...

Et, hier, comme je le pressais de questions pour comprendre le fonctionnement de sa vie dans le camp, je sentais sa gêne à répondre.

Je m’abstiendrai de certains jugements moraux, trop spontanés chez les occidentaux. Kam d’ailleurs me dira elle-même à quel point sont riches les traditions culturelles des “gypsys” indiens (mais le terme “gypsy” est totalement anachronique, c’est un terme importé d’Occident). Du reste, l’origine des Roms est ... indienne !

Deepu me met alors en contact avec Kam ; c’est une indienne de Pushkar mais qui vit 6 mois de l’année en France où elle est chargée de faire connaître l’association. Nous prenons rendez-vous pour le dîner.

Après cette rencontre dans le bureau de Deepu, je lui consacre ... une petite séance photo-portraits. Puis je me rends, soulagé, sur les ghats. Et là, pour la première fois depuis que je suis à Pushkar, je réalise que je ne me suis pas encore arrêté pour contempler cet endroit magique ... et j’en profite un maximum. Repos ; concert de Drums face au lac et au coucher de soleil ... photos ... je goûte pleinement la poétique des lieux, enfin.


Mieux même : Deepu, Brhamine authentique - authentiquement spirituel et généreux - me propose de me faire faire une Puja par un de ses amis Brahmines ... qui n’est autre que le motard qu’il avait envoyé pour me ramener au Sunset ... Deepu m’explique que les Brahmines, effectivement, n’ont pour seul salaire que ce que les pélerins leur donnent. Mais qu’il y a, aussi, beaucoup d’abus. Il me garantit qu’avec son confrère, je donne absolument ce que je veux. Je respire .... et rendez-vous est pris pour demain 10h pour une authentique Puja, enfin ...

Ah, et j’oubliais : je passerai une partie de la journée ... dans l’école de Fior di Loto pour y faire ... des photos !

Le soir, comme prévu, je retrouve Kam ; elle aussi envoie un motard me prendre à mon hôtel ! Elle habite à la sortie de la ville. Je découvre ... un merveilleux petit atelier de bijoux (photos ...) ; Kam et moi faisons connaissance. Elle m’explique l’historique de la Fondation et mille autre choses impossibles à retranscrire. Mais j’apprends entre autre que le genre d’escroquerie dont j’ai été victime se développe. Les gypsies, qu’elle respecte profondément, se sont sédentarisés et, avec le boum économique, tente par tous les moyens de tirer leur épingue du jeu, d’autant plus que, comme pour les bhopas notamment, leurs vieilles et riches traditions ne leur rapporte plus ; elle me parle de la condition atroce des femmes, bébé, jeunes filles, filles, femmes mariées (on tue encore des bébés filles dans les villages ; une jeune fille violée est assassinée par sa propre famille, etc.). D’où l’audace extraordinaire de la fondation Fior di Loto, ainsi que me le résumait Deepu : “Je veux que ces jeunes filles deviennent médecin, avocat, docteurs, ...”. Une révolution.

Je dîne donc chez Kam et j’ai ainsi la chance de voir l’habitat d’une personne que j’estime de la classe moyenne. Pour l’apprenti space designer que je suis, c’est très instructif ...

Kam et moi avons prévu de nous revoir prochainement en Avigon où elle réside.

Je me sens vraiment libéré ce soir. Et le programme que je m’étais fait pour les 2 prochains jours est ... une fois de plus modifié ... à suivre au prochain numéro ...


mardi 26 janvier 2010

26 janvier - Dancing for Independance day











Il s’était décidé hier que j’irais visiter une école et prendre des photos. J’ai réalisé que c’était “Independance day” et donc je me demandais ce que et qui j’allais pouvoir rencontrer. Finalement, en arrivant - guidé par Rampaji - dans cette petite école, dans une ruelle étroite, j’entends de la musique. La directrice nous reçoit ; je commence par lui demander de m’expliquer quelque peu le système scolaire (calendrier, frais de scolarité, etc ; nous sommes dans une école privée). Nos anglais approximatifs respectifs ne me permettent pas de tout saisir de ces explications ; et je sens qu’elle a d’autres choses à faire. Elle m’invite alors à la suivre et nous escaladons les escaliers étroits et obscurs ; la musique se fait de plus audible et je commence à entre la voix des enfants. Tout à coup, surprise : nous arrivons sur le toit où tous les enfants, en uniformes et, pour certains, en grande tenue de danse, sont regroupés pour faire la fête. La directrice me fait asseoir sur l’unique fauteuil du toit - son fauteuil à elle, je suppose. Et le spectacle commence. Durant plus de 30 minutes, des enfants, des filles pour la plupart mais aussi un garçon, se mettent à danser sur une musique indienne très rythmée. Un régal ... En réalité, le jour de la fête nationale, tous les enfants vont à l’école mais pour des activités de prière et de danse. Je retournerai à l’école demain pour photographier les enfants ... au travail.

Une association d'origine espagnole vient en aide à la scolarisation des filles pauvres de cette région. Cette association ayant un bureau à Pushkar même, je prendrai contact avec eux. Car Rampaji me dit ne plus être en mesure de payer les études de 3 de ses enfants - et effectivement, compte tenu du salaire, les frais de scolarité (uniforme et photocopies inclus), ce n'est pas donné; j'aimerais donc en savoir plus et, peut-être, passer le relais.



(Je garde les meilleures photos pour la soirée "India" que je projette à mon retour .... :-))


Après un bon déj’ chez Nizam, sieste au soleil. Comme c'est un jour de congé national, il y a plus de monde sur les ghats pour les rituels. Depuis ma terrasse, je shoote pendant un long moment.


Puis je me remets en route ; je souhaite en savoir un peu plus sur le “biznes” à l’indienne et j’entre chez un boutiquier revendiquant des écharpes et autres "100% pure soie". Je n’étais pas là pour acheter mais il me sort toute sa marchandise (fabrication maison) ; il a son propre atelier, exporte un peu partout (il me montre fièrement l’ensemble des cartes de visites de ses exportateurs). C’est direct, cash. Le busines, en Inde, c’est presque sacré.


Au bout d’un moment de conversation, il enlève un tissu recouvrant un moniteur et o, stupeur, j’assiste en direct au visionnement des travailleuses (tiens, ici, ce sont des femmes). Vidéo surveillance ? Marketing ? Prolongeant la discussion, et commençant à en apprendre sur les tarifs de soie pure, je commence à me demander pour quel salaire dérisoire ces femmes travaillent. En soirée, chez Nizam toujours, je rencontre Laurent, photographe et vidéaste de Cahors, qui me confirment que derrière le décor il y a des coulisses et que les villageois (hommes, femmes et enfants) alentours sont largement exploités. Le salaire mensuel d’un enfant saisonnier dans un hôtel est de 1000 roupies (env. 18 euros). Un professeur gagne officiellement 10 000 roupies. Dès mon premier jour ici j'avais appris que la ville était ceinturée par des dizaines (sinon plus) de "factories" où les villageois du désert viennent travailler. Combien gagne cette femme d'au moins 60 ans qui balaie continuellement la guesthouse dans son si beau sari, demandant, dès qu'elle le peut, quelques roupies (je n'ai accepté de le faire qu'en échange de quelques photos d'elle) ? Et celles qui balaient régulièrement - voilées - les rues de Pushkar ? "L'Inde", en tout cas, travaille dur et sans trop de scrupules, semble-t-il. L'argent n'y est pas moins adoré que les dieux - ainsi que me l'expliquera Laurent qui s'intéresse de près à ces réalités. Et c'est en même temps une "amérique" où tout reste à faire, ce qui explique le dynamisme des entrepreneurs.


Laurent me donne pas mal d’idées d’endroits à visiter. Il me confirme que la crise frappe l'Inde et surtout dans les endroits touristiques où pas mal de prix (des hôtels, notamment, sont en chute). Il m’emmène découvrir le meilleur restaurant à buffet de la ville et, effectivement, je ne suis pas déçu (et outre le buffet à volonté pour 1 euro environ, une assiette d’excellentes frites en sus). Et dans un jardin à l’africaine (pour moi) de surcroît en cette douce soirée. Laurent m’explique comment faire pour aller à la rencontre des gens “autres” que les boutiquiers - ce que je cherche à faire depuis quelques temps mais ne savais comment. Je tenterai ça demain ... D’autres Indes encore émergent peu à peu. L'Inde en tout cas ne se limite pas aux cartes postales magnifiques de safran et de rose de nos mémoires ; Indes multiples ...


lundi 25 janvier 2010

25 janvier - Pushkar Factory
















Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ...

L’essentiel de ma journée a été “allumée” par un shoot dans une “factory” de vêtements à Pushkar. Flor y fait produire une partie de ces vêtements ; elle m’a proposé de l’accompagner et ... j’ai proposé de faire des photos. Dément ... Au fur et à mesure, les travailleurs (car en Inde, coudre est un métier d’hommes), les uns et les autres m’appelaient pour que je les prennent en photo.

Outre qu’on enlève ses chaussures en entrant dans la “factory” et que l’encens vient de brûler dans le bureau du top manager (adorable et sacrément pro ...), l’ambiance ici est étonnante de calme et de travail. Il y a ici, comme dans la rue, une telle spontanéité, une cordialité, une facilité de contact ... (ça change du métro parisien où chacun voyage comme s’il était seul au monde).

Après ce shoot, soleil sur la terrasse, électric café et saveurs de chez Nizam, long déj' avec Valérie avec qui nous parlons de ... l'Inde et de voyages. Et en fin de journée, un bon tchaï, seul à seul, avec Rampaji, de la caste Bhopa (à suivre ...)

Factory "Natural World", quelques photos donc ...




24 janvier - Pushkar sun




Aujourd’hui, envie de soleil. De soleil, de chaleur. No emotion more. Et de photos. Je commence par un double électric café chez Nizam accompagné d’un double toast au chocolat. J’y croise avec plaisir mon copain belge, Fred. Chouette, il a repris des couleurs. Conversation très intéressante. Il me donne ma première leçon d’hindi. Une nouvelle expression et qui convient très bien à la philosophie serendipity : “tora tora” (à ne pas confondre avec le cri de guerre des samouraïrs japonais), soit “peu à peu”, “petit à petit” ; ce que je traduirais par : step by step, un jour à la fois.

Ma matinée se passe à lézarder sur la terrasse de la guesthouse. Grosse chaleur. Les diverses rumeurs qui m’environnent, les chants diffusés par les haut-parleurs, les clochettes, ... font de ce bain de soleil un moment très doux et quasi spirituel. Encore ce mélange qui fait sans doute l’un des secrets de ce continent - car c’est un continent comparable à l’Afrique ou l’Amérique, plus qu’un pays même s’il est unifié.


Il n’y a pas “une” Inde ; mais tant et tant ... D’une telle richesse, d’une telle diversité, d’une telle intensité aussi pour qui ne se contente pas d’un voyage de 10 jours derrière les vitres d’un autocar grand luxe (mais c’est l’une des multiples manières de découvrir “india”). Chacun son truc, c’est tout.

Rien ne se passe, ici, comme on l’espère ou comme on le voudrait. C’est sans doute pourquoi on ne peut qu’adopter une attitude de sagesse et de détachement : shianti shianti, tora tora. A Pushkar, j’ai réalisé que les habitants ne comprenaient pas qu’on puisse être pressé. Qui cherche vraiment à vire le “slow life” trouve à Pushkar un cadre idyllique. Les positions assises ou accroupie paraissent multiples ... (j’ai appris que celle de “loiseau”, sur son banc en train de manger, vue hier au resto, est l’une des plus difficiles).


Je repense à mon expérience chez les Bhopa, les mendiants dans la rue ; nous en parlons avec Fred. A tout moment, il faut se positionner. L’Inde n’est pas Paris où, tout de même, existent quantités d’associations et d’infrastructures. Un gypsy indien n’est pas un gitan européen même si l’on peut trouver des points communs. Notre image du gitan européen est celle du mendiant en mercédès mais ici, je ne vois pas de grosse berline allemande. Du reste, européen ou indien, notre rapport au gitan n’est-il, pas d’abord, et inconsciemment, commandé par notre objection au sans domicile assigné ? Ne pas avoir d’adresse est si peu normal. Suspect même. Mes Bhopas sont sédentaires et se transmettent de père en fils un art authentique, à la fois artisanal (la frabrication de l’instrument) et musical. Et c’est une caste ; c’est une dimension supplémentaire qui les distingue de gitans européens.

Vers midi, je m’en retourne chez Nizam où je savoure à pamoison un steack veg’ comme je n’avais jamais mangé. Un vrai chef, ce Nizam. Alors que je m’amusais à prendre en photo les récipients servant au café - bol alu de lait chaud, bol alu cabossé contenant le sucre blanc grossier, bol/tasse à café - une femme s’adresse à moi ; Valérie, marseillaise, a tout quitté pour voyager durant 3 ou 4 ans. Mais la conversation a davantage tourné autour de Marseilles qu’elle apprécie beaucoup. Au fil du temps elle s’est spécialisée en massage et c’est en Inde qu’elle y apprend beaucoup.


Après le “salam” à Nizam, je me mets en route pour les photos. J’ai décidé de faire tout le tour du lac. Je vois avec surprise quelques copains gitans (caste des Nuds) courir vers moi ; et nous voilà partis tous ensemble. Je m’arrête régulièrement pour capter quelque chose, je cherche ... La plupart des temples vides et sans vie en raison de la sécheresse du lac (ne restent que quelques bassins, du côté de notre guesthouse) font songer à une ville fantôme. Tout est comme à l’abandon, poussiéreux, immobilisé dans le passé.


Comment éviter la carte postale ? Un incident me met sur la voie : mes petits copains, qui connaissent le coin comme leur poche, m’emmènent à l’entrée d’un des nombreux temples qui entourent le lac cette année assêché. Un brahmane surgit et me tend quelques pétales, m’invitant à une puja - je décline gentiment. Ici, faire ce type de puja est aussi - il me le dit lui-même - le “passeport” qui permet au touriste de se promener ensuite librement tout autour du lac. Je sens bien que le courant entre le brahmane et les enfants ne passe pas. Et ceux-ci m’expliquent que les prêtres n’aiment pas les enfants pauvres. Je leur dis qu’un prêtre qui n’aime pas les enfants pauvres n’est pas mon ami. Nous continuons la progression et tout doucement, je commence à percevoir cette ville autrement. Je me sens devenir anarchiste et iconoclaste et je trouve de tout autres angles pour les photos de temples. Jusqu’à quelques photos sans doute politiquement (et religieusement) incorrectes. En espérant que les shiva et vishnu aiment, eux, les enfants pauvres. Nous nous sommes bien amusés (et j’ai toujours pensé que dieu avait les idées larges).



On peut dire ce qu’on veut des marchands de et du temple (et même en ne mettant pas tous les brahmines dans le même sac, dieu merci, il en est d’intègres) : les prêtres de Notre Dame de Paris n’entraînent pas de force le touriste dans le confessionnal pour lui soutirer 25 euros. Je suis très sensible à la profondeur et la sincérité des aspirations religieuses et mystiques ; mais l’instrumentalisation des rituels à des fins purement financières, ça fait plus que m’insupporter.

J’avais promis à mes jeunes copains un tchaï à la fin de la ballade photo, dans un café tout à fait retiré, agrandi, à l’arrière, par un beau jardin, café devant lequel nous étions passés. J’avais adoré l’endroit, je m’y étais sentis comme en Afrique. Durant notre ballade nous avions beaucoup ri et je m’étais bien amusé. Une fois à table, mes compagnons me demandent un plat ... ; j’accepte dans une certaine gamme de prix et nous tombons d’accord. Mais l’un d’eux, raju, en veut plus et me demande de lui acheter, pour sa famille, de la farine. Longue discussion ... Intérieurement, je suis tiraillé et de plus en plus triste. Raju se met à pleurer et je ne sais que penser.

Finalement nous quittons le jardin-café et ... ils auront eu leur farine.


Tagore dit qu’il est dangereux d’être trop bon et cette sentence est pleine de sagesse.

Comme me le disait Fred se matin, il faut se positionner. Autant je me sens assez clair - ici comme à Paris - par rapport à la mendicité, autant, une fois qu’un lien affectif s’est créé, les frontières se brouillent. Et les limites fixées volent en éclats. Reste que sachant ce que j’ai et ce que je n’ai pas, la décision de partager est difficile et même douloureuse. Car il pourrait être dangereux d’être top bon - mais si le danger est évident, quelle est la frontière du “trop” ? Les pauvres sont souvent capables de donner même ce qu’ils n’ont pas et c’est loin d’être le cas des nantis. Et le Christ louait cette vieille femme qui précisément avait donné en offrande au temple “en prenant sur son nécessaire” - et pas sur son superflu.

Nijinski qui n’en rate pas une (“la bourse est un bordel”) écrit platement : “le pauvre est un riche qui n’a pas d’argent”. Et les pauvres se font la guerre et s’arnaquent entre eux (ils n’arnaquent pas que les riches). Survivre est l’enjeu. Mais quelle leçon de morale le nanti est-il en droit de donner s’il exploite et asservit son semblable pour augmenter son capital ou supprimer un concurrent ? On n’aime pas se faire arnaquer par un pauvre ; mais ce qu’on n’aime encore moins, c’est le pauvre lui même (“salauds de pauvres”, disait Coluche). S’il est de plus sans adresse ni domicile, il est le suspect et le parasite. On n’aime pas se faire arnaquer par un pauvre - mais on ne trouve rien à redire à l’arnaque scientifiquement et internationalement organisée de la publicité. Vive la com’. Le riche n’aime pas que le pauvre fasse comme lui : car chez le pauvre, l’arnaque est visible.


Mais ici les pauvres, et surtout les enfants : rient.

J’ai appris de mes compagnons la raison d’un fait qui m’interroge depuis mes premiers pas sur le béton de Delhi : les Indiens crachent à tout bout de champ et n’importe où. D’après mes infos, c’est à cause du tabac u’qils chiquent.

Durant le déjeuner, j’ai eu le bonheur de voir grimper sur mes genoux le chat de Nizam - c’est seulement le deuxième chat que je vois en Inde. Il est vrai que pour eux, les rues sont très dangereuses ...

Quant à Fred, il m’a donné ce matin une très, très précieuse info ... Oui, on peut faire l’Inde à moto, mais pas avec n’importe laquelle. Pour 400 ou 500 euros, on peut s’acheter ici, neuve, une Royal Enfield. Aucune électronique à bord, hyper costaud. Mécanique pure. Donc réparable partout ; c’est la moto des travellers (mais ce sont aussi les motards occidentaux qui se font le plus tuer sur les routes. Après mes rodéos motocycliste d’hier, je comprends pourquoi).

J’ai achevé cette journée dans la “cellule” quasi monastique qui me sert de chambre. Toute de bleu vêtue, simple et sobre, vue sur le lac, chants liturgiques et cloches de prière.


samedi 23 janvier 2010

23 janvier - Le désert des musiciens Bhopa









Une journée qui, en intensité et émotions, n’a rien à envier aux journée de Delhi.

Après un petit déj vue sur lac (toast nutella pour moi), nous saluons Amin qui retourne au Cachemire via Delhi. Je retrouve comme prévu mes 2 compagnons de la caste Bhopa près de leur petit troquet. Nous étions convenus que j’irais prendre des photos dans leur village.

Première surprise : nous sommes 5. En chemin, un ado se joint à nous, très sympathique et jovial, gypsy pur sang. Cheveux teintés (par une hollandaise de passage), un sens inné des affaires et du contact. Il salue régulièrement ses friends dans la rue. Il est d’une autre caste encore, les Nuds (?). Shianti shianti oblige, la journée commence autour d’un tchaï. La gitane qui m’a peinturluré la main et me harcèle depuis hier se joint à nous. Le ton monte car chaque clan chasse sur le même territoire et chacun me met en garde contre les autres. Je ne veux pas de ce conflit et je propose à mes compère d’aller boire un pot ailleurs. Ils m’embarquent sur les toits d’un restaurant et commandent un coca cola. Soit ...


Ils m’annoncent alors qu’il faut louer 2 motos/scooters pour rejoindre le village. Je pense que la négociation avait déjà été arrangée. Va donc pour 2 “bikes ...” à la sortie de la ville. Manque de chance, chez le premier loueur, une seule “bike” (une moto 125) est disponible. Mon ado au cheveux teinté l’enfourche promptement ... Je dois laisser mon passeport. La location, à la journée, est extrêmement bon marché (1 euro environ, auquel rajouté 3 litres d’essences, même tarif).Je signe un registre en abandonnant là mon passeport avec, tout de même, une petite appréhension. Qu’est-ce que je suis en train de faire à embarquer tout ce petit monde sur 2 bikes ... et qui manifestement se réjouissent ... Je chevauche à mon tour la bécane pilotée par mon gitan et va pour un rodéo-baptème dans les rues étroites du Pushkar en direction d’un autre loueur. Là, les prix sont à peine plus élevé mais l’un de mes compagnons Bhopa négocie encore à la baisse. Un scoot, cette fois. Je dois laisser une petite caution. Rien d’autre. C’est moi cette fois qui pilote le scoot mais je demande à mon guide de passer par un autre chemin pour éviter la cohue ...

Arrivés sur la route principale (goudronnée, trafic normal), accélération ... wahouu .... Nous sommes 2 sur le scoot que je pilote, ils sont 3 sur la moto. Je verrai une famille de 5 (les parents, 3 enfants dont un bébé) sur une moto de même taille. Etre à trois ou quatre sur un engin et sans casque, bien sûr, fait partie de la vie.

Je pilote avec plaisir ... puis nous décidons un changement de conducteurs. Je remonte sur la moto à l’arrière de mon gitan qui s’en donne à coeur joie - accélération, klaxon, dépassements parfois un peu vertigineux.


Après la chevauchée, nous arrivons - nous sommes dans le désert, des bâtisses plus ou moins pauvres un peu partout, des groupes d’hommes, des grappes de vaches le long des rues. Une petite maison bleue charmante, une famille ; à l’arrière, une tente où l’on m’explique qu’habite toute une famille. Photos, tchaï, rires. - que croire ? ...


En route à nouveau, pour le village Bhopa cette fois. Un “vrai” village ; un campement, plutôt, fait de toiles, de vieux lits métalliques. Des chèvres. La caste Bhopa se transmet, de génération en génération, un art spécifique de musique et crée au fur et à mesure l’instrument - pour le son et la forme, il se rapproche du violon. Je retrouve là Rampaji, beau comme un maharadja, le père de l’un de mes jeunes compagnons, homme que j’apprécie énormément. Et qui joue divinement de son instrument. Photos, photos, photos.


Il me montre alors une vieille bâche qui tombe en miette et servant à procurer de l’ombre à plusieurs de ses brebis. La veille il m’avait montré ses chaussures, dans un triste état ... C’est la crise à Pushkar en raison de l’assèchement du lac : beaucoup moins de pélerins et de touristes. Or les Bhopas vivent de leur musique dans la rue.


Après le tchaï final, Rampaji, d’un geste accompagné de quelques mots, fait partir tout le petit monde. Je me retrouve seul assis avec lui et lui donne quelque chose pour sa tente. Trop peu, je sais, mais je ne peux faire plus. Je suis pris à ce moment là d’une très forte émotion et le coeur n’est plus à la fête. Je signale à mes 4 aventuriers de l’arche perdue que nous rentrons. Dépit, of course, car ils s’amusent sur les engins mais s’exécutent.

Suite à un malentendu, et ayant repris en main, à l’arrivée en ville, du scooter, je me retrouve alors à piloter, à mon tour, dans la cohue et à jouer du klaxon ... bizutage de conduite à l’indienne. Car ici, en ville ou ailleurs, c’est essentiellement le klaxon qui tient lieu de code de la route. On est supposé rouler à gauche mais ça ne semble guère avoir trop d’importance. “Ca marche” car tout le monde fait la même chose et donc je suis le mouvement. Un peu stressé mais j’y parviens. Ouf. Je récupère, chez le premier loueur, mon passeport. Re-ouf. Nous allons alors - je laisse conduire mon gitan ... - le scooter. Las, le patron est parti dîner, il faut attendre une demi-heure. Or j’étais encore sous le coup de l’émotion et j’avais besoin de me retrouver seul, et vite. Re-tchaï. Nous rendons le scoot et je récupère ma caution. Alors l’un des Bhopa, le plus âgé me demande d’acheter pour lui farine, huile et beurre pour leur pain local. Epicerie. Je paye l’addition, qui fait un peu mal, même si on est loin, très loin, pour une telle quantité de farine (10 kg sans doute) des prix européens. Mais c’est proportionnel au budget ... Et bien sûr, mon gitan veut sa part aussi, comme de juste - on trouve un arrangement. Sur le coup la gitane peinturlureuse nous rejoint et rebelotte me pourchasse jusqu’à ce que je cède à sa demande d’aller la prendre en photo, elle et d’autres, en train de danser. C’est son job dans sa caste de gitans/gypsy. Je remets à un autre jour.

J’arrive à mon hôtel et là je me laisser dorer au soleil une bonne demi-heure.

L’aridité du terrain, la précarité des conditions de vie de mes Bhopas, l’affection profonde que je ressens pour Rampaji et son fiston, mon incapacité à l’aider à s’acheter une autre tente me remplissent de tristesse. Certes, je ne suis pas là pour sauver le subcontinent. Mais l’affection l’emporte un peu sur la raison....

Passée l’émotion, et pensant avoir trouvé une solution, je retourne auprès des boutiquiers où j’avais pris des portraits le jour de mon arrivée. Je ne suis pas parvenu à mettre sur CD les photos. Finalement, nous trouvons une solution et tout le monde est content. Je décide alors d’aller enfin casser une graine (il est vers les 16h) dans mon petit bistro au ristretto indien électrifiant.


Et j’adore le patron, un brin déjanté et toujours plein d’humour. Il me concote pour 3x rien un vrai toast indien. De là je pars tourner en ville, à l’affût de photos - mais toujours fort habiter par la caste Bhopa.


Passant près d’un bac rempli de boutons de roses rouges et jaunes, je demande au monsieur planté là l’autorisation de prendre une photo. Sans avoir eu le temps de rien dire, je me trouve ensuite embarquer par lui, qui s’avère être brahmane, pour une puja au bord d’un bassin. Je résiste gentiment et explique que je n’aurai rien à donner en offrande ... j’insiste, j’insiste mais lui aussi ... Je me laisse faire car c’est l’occasion de descendre au bord des bassins. Assis, lui priant à mes côtés, la rose rouge dans mes mains peinturlurées, au bord de l’eau... il récite prière et mantras, m’en fait prononcer un (oublié). Vient le moment de passer à la caisse. Je lui rappelle gentiment ce que je me suis efforcé de lui faire comprendre avant de descendre ... et dieu merci, il comprend qu’il n’obtiendra que 2 x rien. Je ne sais si nous nous sommes quittés bons amis. Toujours est-il que me sentant un peu pressé, il me dit plusieurs fois : “Slowly, egon, shianti shianti ...” et c’est si vrai ...

Comme j’arrivais au coin internet, une coupure générale d’électricité plonge la ville entière dans la nuit ; quelques rares bougies font surgir des ombres.