lundi 25 janvier 2010

24 janvier - Pushkar sun




Aujourd’hui, envie de soleil. De soleil, de chaleur. No emotion more. Et de photos. Je commence par un double électric café chez Nizam accompagné d’un double toast au chocolat. J’y croise avec plaisir mon copain belge, Fred. Chouette, il a repris des couleurs. Conversation très intéressante. Il me donne ma première leçon d’hindi. Une nouvelle expression et qui convient très bien à la philosophie serendipity : “tora tora” (à ne pas confondre avec le cri de guerre des samouraïrs japonais), soit “peu à peu”, “petit à petit” ; ce que je traduirais par : step by step, un jour à la fois.

Ma matinée se passe à lézarder sur la terrasse de la guesthouse. Grosse chaleur. Les diverses rumeurs qui m’environnent, les chants diffusés par les haut-parleurs, les clochettes, ... font de ce bain de soleil un moment très doux et quasi spirituel. Encore ce mélange qui fait sans doute l’un des secrets de ce continent - car c’est un continent comparable à l’Afrique ou l’Amérique, plus qu’un pays même s’il est unifié.


Il n’y a pas “une” Inde ; mais tant et tant ... D’une telle richesse, d’une telle diversité, d’une telle intensité aussi pour qui ne se contente pas d’un voyage de 10 jours derrière les vitres d’un autocar grand luxe (mais c’est l’une des multiples manières de découvrir “india”). Chacun son truc, c’est tout.

Rien ne se passe, ici, comme on l’espère ou comme on le voudrait. C’est sans doute pourquoi on ne peut qu’adopter une attitude de sagesse et de détachement : shianti shianti, tora tora. A Pushkar, j’ai réalisé que les habitants ne comprenaient pas qu’on puisse être pressé. Qui cherche vraiment à vire le “slow life” trouve à Pushkar un cadre idyllique. Les positions assises ou accroupie paraissent multiples ... (j’ai appris que celle de “loiseau”, sur son banc en train de manger, vue hier au resto, est l’une des plus difficiles).


Je repense à mon expérience chez les Bhopa, les mendiants dans la rue ; nous en parlons avec Fred. A tout moment, il faut se positionner. L’Inde n’est pas Paris où, tout de même, existent quantités d’associations et d’infrastructures. Un gypsy indien n’est pas un gitan européen même si l’on peut trouver des points communs. Notre image du gitan européen est celle du mendiant en mercédès mais ici, je ne vois pas de grosse berline allemande. Du reste, européen ou indien, notre rapport au gitan n’est-il, pas d’abord, et inconsciemment, commandé par notre objection au sans domicile assigné ? Ne pas avoir d’adresse est si peu normal. Suspect même. Mes Bhopas sont sédentaires et se transmettent de père en fils un art authentique, à la fois artisanal (la frabrication de l’instrument) et musical. Et c’est une caste ; c’est une dimension supplémentaire qui les distingue de gitans européens.

Vers midi, je m’en retourne chez Nizam où je savoure à pamoison un steack veg’ comme je n’avais jamais mangé. Un vrai chef, ce Nizam. Alors que je m’amusais à prendre en photo les récipients servant au café - bol alu de lait chaud, bol alu cabossé contenant le sucre blanc grossier, bol/tasse à café - une femme s’adresse à moi ; Valérie, marseillaise, a tout quitté pour voyager durant 3 ou 4 ans. Mais la conversation a davantage tourné autour de Marseilles qu’elle apprécie beaucoup. Au fil du temps elle s’est spécialisée en massage et c’est en Inde qu’elle y apprend beaucoup.


Après le “salam” à Nizam, je me mets en route pour les photos. J’ai décidé de faire tout le tour du lac. Je vois avec surprise quelques copains gitans (caste des Nuds) courir vers moi ; et nous voilà partis tous ensemble. Je m’arrête régulièrement pour capter quelque chose, je cherche ... La plupart des temples vides et sans vie en raison de la sécheresse du lac (ne restent que quelques bassins, du côté de notre guesthouse) font songer à une ville fantôme. Tout est comme à l’abandon, poussiéreux, immobilisé dans le passé.


Comment éviter la carte postale ? Un incident me met sur la voie : mes petits copains, qui connaissent le coin comme leur poche, m’emmènent à l’entrée d’un des nombreux temples qui entourent le lac cette année assêché. Un brahmane surgit et me tend quelques pétales, m’invitant à une puja - je décline gentiment. Ici, faire ce type de puja est aussi - il me le dit lui-même - le “passeport” qui permet au touriste de se promener ensuite librement tout autour du lac. Je sens bien que le courant entre le brahmane et les enfants ne passe pas. Et ceux-ci m’expliquent que les prêtres n’aiment pas les enfants pauvres. Je leur dis qu’un prêtre qui n’aime pas les enfants pauvres n’est pas mon ami. Nous continuons la progression et tout doucement, je commence à percevoir cette ville autrement. Je me sens devenir anarchiste et iconoclaste et je trouve de tout autres angles pour les photos de temples. Jusqu’à quelques photos sans doute politiquement (et religieusement) incorrectes. En espérant que les shiva et vishnu aiment, eux, les enfants pauvres. Nous nous sommes bien amusés (et j’ai toujours pensé que dieu avait les idées larges).



On peut dire ce qu’on veut des marchands de et du temple (et même en ne mettant pas tous les brahmines dans le même sac, dieu merci, il en est d’intègres) : les prêtres de Notre Dame de Paris n’entraînent pas de force le touriste dans le confessionnal pour lui soutirer 25 euros. Je suis très sensible à la profondeur et la sincérité des aspirations religieuses et mystiques ; mais l’instrumentalisation des rituels à des fins purement financières, ça fait plus que m’insupporter.

J’avais promis à mes jeunes copains un tchaï à la fin de la ballade photo, dans un café tout à fait retiré, agrandi, à l’arrière, par un beau jardin, café devant lequel nous étions passés. J’avais adoré l’endroit, je m’y étais sentis comme en Afrique. Durant notre ballade nous avions beaucoup ri et je m’étais bien amusé. Une fois à table, mes compagnons me demandent un plat ... ; j’accepte dans une certaine gamme de prix et nous tombons d’accord. Mais l’un d’eux, raju, en veut plus et me demande de lui acheter, pour sa famille, de la farine. Longue discussion ... Intérieurement, je suis tiraillé et de plus en plus triste. Raju se met à pleurer et je ne sais que penser.

Finalement nous quittons le jardin-café et ... ils auront eu leur farine.


Tagore dit qu’il est dangereux d’être trop bon et cette sentence est pleine de sagesse.

Comme me le disait Fred se matin, il faut se positionner. Autant je me sens assez clair - ici comme à Paris - par rapport à la mendicité, autant, une fois qu’un lien affectif s’est créé, les frontières se brouillent. Et les limites fixées volent en éclats. Reste que sachant ce que j’ai et ce que je n’ai pas, la décision de partager est difficile et même douloureuse. Car il pourrait être dangereux d’être top bon - mais si le danger est évident, quelle est la frontière du “trop” ? Les pauvres sont souvent capables de donner même ce qu’ils n’ont pas et c’est loin d’être le cas des nantis. Et le Christ louait cette vieille femme qui précisément avait donné en offrande au temple “en prenant sur son nécessaire” - et pas sur son superflu.

Nijinski qui n’en rate pas une (“la bourse est un bordel”) écrit platement : “le pauvre est un riche qui n’a pas d’argent”. Et les pauvres se font la guerre et s’arnaquent entre eux (ils n’arnaquent pas que les riches). Survivre est l’enjeu. Mais quelle leçon de morale le nanti est-il en droit de donner s’il exploite et asservit son semblable pour augmenter son capital ou supprimer un concurrent ? On n’aime pas se faire arnaquer par un pauvre ; mais ce qu’on n’aime encore moins, c’est le pauvre lui même (“salauds de pauvres”, disait Coluche). S’il est de plus sans adresse ni domicile, il est le suspect et le parasite. On n’aime pas se faire arnaquer par un pauvre - mais on ne trouve rien à redire à l’arnaque scientifiquement et internationalement organisée de la publicité. Vive la com’. Le riche n’aime pas que le pauvre fasse comme lui : car chez le pauvre, l’arnaque est visible.


Mais ici les pauvres, et surtout les enfants : rient.

J’ai appris de mes compagnons la raison d’un fait qui m’interroge depuis mes premiers pas sur le béton de Delhi : les Indiens crachent à tout bout de champ et n’importe où. D’après mes infos, c’est à cause du tabac u’qils chiquent.

Durant le déjeuner, j’ai eu le bonheur de voir grimper sur mes genoux le chat de Nizam - c’est seulement le deuxième chat que je vois en Inde. Il est vrai que pour eux, les rues sont très dangereuses ...

Quant à Fred, il m’a donné ce matin une très, très précieuse info ... Oui, on peut faire l’Inde à moto, mais pas avec n’importe laquelle. Pour 400 ou 500 euros, on peut s’acheter ici, neuve, une Royal Enfield. Aucune électronique à bord, hyper costaud. Mécanique pure. Donc réparable partout ; c’est la moto des travellers (mais ce sont aussi les motards occidentaux qui se font le plus tuer sur les routes. Après mes rodéos motocycliste d’hier, je comprends pourquoi).

J’ai achevé cette journée dans la “cellule” quasi monastique qui me sert de chambre. Toute de bleu vêtue, simple et sobre, vue sur le lac, chants liturgiques et cloches de prière.


samedi 23 janvier 2010

23 janvier - Le désert des musiciens Bhopa









Une journée qui, en intensité et émotions, n’a rien à envier aux journée de Delhi.

Après un petit déj vue sur lac (toast nutella pour moi), nous saluons Amin qui retourne au Cachemire via Delhi. Je retrouve comme prévu mes 2 compagnons de la caste Bhopa près de leur petit troquet. Nous étions convenus que j’irais prendre des photos dans leur village.

Première surprise : nous sommes 5. En chemin, un ado se joint à nous, très sympathique et jovial, gypsy pur sang. Cheveux teintés (par une hollandaise de passage), un sens inné des affaires et du contact. Il salue régulièrement ses friends dans la rue. Il est d’une autre caste encore, les Nuds (?). Shianti shianti oblige, la journée commence autour d’un tchaï. La gitane qui m’a peinturluré la main et me harcèle depuis hier se joint à nous. Le ton monte car chaque clan chasse sur le même territoire et chacun me met en garde contre les autres. Je ne veux pas de ce conflit et je propose à mes compère d’aller boire un pot ailleurs. Ils m’embarquent sur les toits d’un restaurant et commandent un coca cola. Soit ...


Ils m’annoncent alors qu’il faut louer 2 motos/scooters pour rejoindre le village. Je pense que la négociation avait déjà été arrangée. Va donc pour 2 “bikes ...” à la sortie de la ville. Manque de chance, chez le premier loueur, une seule “bike” (une moto 125) est disponible. Mon ado au cheveux teinté l’enfourche promptement ... Je dois laisser mon passeport. La location, à la journée, est extrêmement bon marché (1 euro environ, auquel rajouté 3 litres d’essences, même tarif).Je signe un registre en abandonnant là mon passeport avec, tout de même, une petite appréhension. Qu’est-ce que je suis en train de faire à embarquer tout ce petit monde sur 2 bikes ... et qui manifestement se réjouissent ... Je chevauche à mon tour la bécane pilotée par mon gitan et va pour un rodéo-baptème dans les rues étroites du Pushkar en direction d’un autre loueur. Là, les prix sont à peine plus élevé mais l’un de mes compagnons Bhopa négocie encore à la baisse. Un scoot, cette fois. Je dois laisser une petite caution. Rien d’autre. C’est moi cette fois qui pilote le scoot mais je demande à mon guide de passer par un autre chemin pour éviter la cohue ...

Arrivés sur la route principale (goudronnée, trafic normal), accélération ... wahouu .... Nous sommes 2 sur le scoot que je pilote, ils sont 3 sur la moto. Je verrai une famille de 5 (les parents, 3 enfants dont un bébé) sur une moto de même taille. Etre à trois ou quatre sur un engin et sans casque, bien sûr, fait partie de la vie.

Je pilote avec plaisir ... puis nous décidons un changement de conducteurs. Je remonte sur la moto à l’arrière de mon gitan qui s’en donne à coeur joie - accélération, klaxon, dépassements parfois un peu vertigineux.


Après la chevauchée, nous arrivons - nous sommes dans le désert, des bâtisses plus ou moins pauvres un peu partout, des groupes d’hommes, des grappes de vaches le long des rues. Une petite maison bleue charmante, une famille ; à l’arrière, une tente où l’on m’explique qu’habite toute une famille. Photos, tchaï, rires. - que croire ? ...


En route à nouveau, pour le village Bhopa cette fois. Un “vrai” village ; un campement, plutôt, fait de toiles, de vieux lits métalliques. Des chèvres. La caste Bhopa se transmet, de génération en génération, un art spécifique de musique et crée au fur et à mesure l’instrument - pour le son et la forme, il se rapproche du violon. Je retrouve là Rampaji, beau comme un maharadja, le père de l’un de mes jeunes compagnons, homme que j’apprécie énormément. Et qui joue divinement de son instrument. Photos, photos, photos.


Il me montre alors une vieille bâche qui tombe en miette et servant à procurer de l’ombre à plusieurs de ses brebis. La veille il m’avait montré ses chaussures, dans un triste état ... C’est la crise à Pushkar en raison de l’assèchement du lac : beaucoup moins de pélerins et de touristes. Or les Bhopas vivent de leur musique dans la rue.


Après le tchaï final, Rampaji, d’un geste accompagné de quelques mots, fait partir tout le petit monde. Je me retrouve seul assis avec lui et lui donne quelque chose pour sa tente. Trop peu, je sais, mais je ne peux faire plus. Je suis pris à ce moment là d’une très forte émotion et le coeur n’est plus à la fête. Je signale à mes 4 aventuriers de l’arche perdue que nous rentrons. Dépit, of course, car ils s’amusent sur les engins mais s’exécutent.

Suite à un malentendu, et ayant repris en main, à l’arrivée en ville, du scooter, je me retrouve alors à piloter, à mon tour, dans la cohue et à jouer du klaxon ... bizutage de conduite à l’indienne. Car ici, en ville ou ailleurs, c’est essentiellement le klaxon qui tient lieu de code de la route. On est supposé rouler à gauche mais ça ne semble guère avoir trop d’importance. “Ca marche” car tout le monde fait la même chose et donc je suis le mouvement. Un peu stressé mais j’y parviens. Ouf. Je récupère, chez le premier loueur, mon passeport. Re-ouf. Nous allons alors - je laisse conduire mon gitan ... - le scooter. Las, le patron est parti dîner, il faut attendre une demi-heure. Or j’étais encore sous le coup de l’émotion et j’avais besoin de me retrouver seul, et vite. Re-tchaï. Nous rendons le scoot et je récupère ma caution. Alors l’un des Bhopa, le plus âgé me demande d’acheter pour lui farine, huile et beurre pour leur pain local. Epicerie. Je paye l’addition, qui fait un peu mal, même si on est loin, très loin, pour une telle quantité de farine (10 kg sans doute) des prix européens. Mais c’est proportionnel au budget ... Et bien sûr, mon gitan veut sa part aussi, comme de juste - on trouve un arrangement. Sur le coup la gitane peinturlureuse nous rejoint et rebelotte me pourchasse jusqu’à ce que je cède à sa demande d’aller la prendre en photo, elle et d’autres, en train de danser. C’est son job dans sa caste de gitans/gypsy. Je remets à un autre jour.

J’arrive à mon hôtel et là je me laisser dorer au soleil une bonne demi-heure.

L’aridité du terrain, la précarité des conditions de vie de mes Bhopas, l’affection profonde que je ressens pour Rampaji et son fiston, mon incapacité à l’aider à s’acheter une autre tente me remplissent de tristesse. Certes, je ne suis pas là pour sauver le subcontinent. Mais l’affection l’emporte un peu sur la raison....

Passée l’émotion, et pensant avoir trouvé une solution, je retourne auprès des boutiquiers où j’avais pris des portraits le jour de mon arrivée. Je ne suis pas parvenu à mettre sur CD les photos. Finalement, nous trouvons une solution et tout le monde est content. Je décide alors d’aller enfin casser une graine (il est vers les 16h) dans mon petit bistro au ristretto indien électrifiant.


Et j’adore le patron, un brin déjanté et toujours plein d’humour. Il me concote pour 3x rien un vrai toast indien. De là je pars tourner en ville, à l’affût de photos - mais toujours fort habiter par la caste Bhopa.


Passant près d’un bac rempli de boutons de roses rouges et jaunes, je demande au monsieur planté là l’autorisation de prendre une photo. Sans avoir eu le temps de rien dire, je me trouve ensuite embarquer par lui, qui s’avère être brahmane, pour une puja au bord d’un bassin. Je résiste gentiment et explique que je n’aurai rien à donner en offrande ... j’insiste, j’insiste mais lui aussi ... Je me laisse faire car c’est l’occasion de descendre au bord des bassins. Assis, lui priant à mes côtés, la rose rouge dans mes mains peinturlurées, au bord de l’eau... il récite prière et mantras, m’en fait prononcer un (oublié). Vient le moment de passer à la caisse. Je lui rappelle gentiment ce que je me suis efforcé de lui faire comprendre avant de descendre ... et dieu merci, il comprend qu’il n’obtiendra que 2 x rien. Je ne sais si nous nous sommes quittés bons amis. Toujours est-il que me sentant un peu pressé, il me dit plusieurs fois : “Slowly, egon, shianti shianti ...” et c’est si vrai ...

Comme j’arrivais au coin internet, une coupure générale d’électricité plonge la ville entière dans la nuit ; quelques rares bougies font surgir des ombres.


22 janvier - shianti shianti




Réveillé tôt, mes comparses dormant encore, je m’en vais prendre un bon café bien serré dans ce miniscule et vert bistro que j’affectionne. Assis en face de mois, un homme - un occidental - relativement jeune, face émaciée, joues creusées, peu de cheveux, roux, barbe de 3 jours. Nous buvons notre potion en silence l’un en face de l’autre. Je ne sais comment ni pourquoi je lui adresse la parole en anglais. Très vite j’apprends qu’il est belge et nous continuons donc la conversation en français. Je passe plus d’une heure avec lui. Il me raconte l’essentiel de sa vie d’ex-junkie et les ravages causés en lui par l’acide. Et bien d’autres choses. Il a tout quitté pour passer plusieurs mois en Inde, dans une authentique quête de paix mais il en est encore si loin. Je lui laisse quelques noms et adresses de contact, à Paris (où il travaillait) et à Bruxelles car il doit bientôt rentrer en Europe.

Je rentre à la guesthouse fort ému par son histoire. Je décide de ne rien faire. J’enfile un bermuda, je m’installe sur la terrasse face à la ronde formée d’un côté par les façades enfilées des temples et, de l’autre, les montagnes. J’ouvre ma chemise. Bain de soleil. 1h, 2h , je ne sais pas (j’ai perdu mes 2 montres cet été). Je laisse peu à peu tout pénétrer en moi.


taches jaunes et rouges sur les marches, enturbanées par un nuage bruissant de pigeons gris

le chien noir éternel profite allongé de l’ombre éternelle d’une toiture

Une longue couverture vert pomme pend de sa fenêtre d’arabesques turquoises, bercée par l’air qui vibre

Le vent m’amène le chant du brahmane

Lentes ablutions du sari orange reflétées par l’eau immobile et brune

“la rose est sans pourquoi” (angelus silesius)

“Je me contenterai du meilleur” (oscar wilde)


Les masses millénaires des montagnes découpent l’azur et les coupoles les regardent

Comment ne plus être un touriste consommateur de paysages divertissants ?

Rien ici n’est chaos. Tout est fluidité, imperceptible mobilité, spirituelle volupté

Les cendres de Gandhi sont à mes pieds

Une flaque de boutons de roses rouges poussée par la brise dans le coin d’un bassin

Vivre un paysage et se laisser être assis (la position dominante ici).

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Vers midi, je tente de retrouver mes amis. En chemin, comme hier, je suis rejoint par mes 2 petits amis de la caste bhopa, leur sourire, leur amitié. L’un d’eux me prend la main et ne la quitte pas.


Nous passons en revue la plupart des restaurants à terrasses en étage mais nous ne trouvons pas mes amis. J’ai faim. Ils me guident vers un petit resto qui n’a absolument rien de touristique. Cuisine sur feu qui stimule l’appétit. Un indien mi-nu est allongé sur un banc métallique, dans la toute petite salle de l’étage, ouverte, où nous nous installons. Plus tard, il dégustera son plat assis sur son banc comme un oiseau sur une branche.


Je comprends que mes jeunes amis ont faim ... je me laisse leur offrir de quoi se rassasier mais ils se montrent très peu gourmands. C’est moi qui insiste. Nous parlons, rions. Arrive les plats. J’ai commandé pour moi un thali. Aussi simple que savoureux, comme préparé à la maison. Un membre de leur caste, lui aussi musicien, d’environ 25 ans, nous rejoint, son instrument à la main. Je lui offre un thali à lui aussi. Il propose de me jouer un peu de sa musique ; au bout de quelques accords, il entame un “frère jacques” ... Je le prends en photo. Je lui demande de jouer l’air qu’il préfère, celui qu’il joue lorsqu’il ne joue que pour lui-même : “Cobra’s song” - mais je n’ai pas saisi la signification. Très beau. Au cours du repas, le cuistot vient nous resservir à plusieurs reprises avec sa louche. Vient le moment de nous quitter. Le repas, pour 4, ne m’a pas coûté 2 euros et nous avons mangé à satiété. C’était bonheur de voir manger mes jeunes amis. Nous nous quittons et je leur donne rendez-vous vers 16h30 pour un tchaï.


Je retourne à l’autre bout de la “main street”, vers la place où j’ai fait hier les portraits dans les boutiques ; je dois régler le problème technique du transfert des photos. Après concertation avec les uns et les autres, nous optons pour le CD car l’envoi par e-mail est trop long.

On m’explique que Pushkar étant une ville internationale, nombreux sont les commerçants - surtout les jeunes - à posséder une adresse mail. Ici comme à Dehli, l’accès à l’Internet est partout ainsi qu’aux téléphones fixes.

Je bois un nouveau café toujours aussi fort.

Il est déjà l’heure du tchaï. Mais je n’ai pas eu le temps de graver les CD ; je signale à mes amis, rejoints par leur père - si beau visage brun, presque noir et barbe grise, au regard si profond et chaleureux, paternel - je leur signale que je n’ai pas le temps pour le tchaï, je me sens trop de choses à faire .... mais ils arrivent à me convaincre de boire le tchaï et pour me garantir qu’ils n’attendent pas de moi que je leur offre, c’est eux qui m’invitent.

Le père me rejoue un très beau morceau. Pour lui aussi c’est la crise ; l’assèchement du lac amène moins de touristes et de pélerins. Il me montre ses chaussures complètement ravagées; il n’a pas l’argent pour s’en racheter. Nous nous donnons rendez-vous demain à 10h, même lieu, car je suis invité à aller prendre des photos dans le village du désert où ils résident, à 10 minutes à pied de pushkar.

A peine sorti, et mes 2 jeunes compagnons toujours avec moi, une gitane locale saisit ma main et sans avoir le temps de réagir commence à y peinturlurer un hana. Je ne tente pas de résister, je sais que je vais encore me faire avoir. Je préfère me laisser faire et voir où cela nous mènera. Je n’ai pas d’a priori contre ce genre de personnes. D’abord en plein soleil, puis à l’ombre au fond d’une autre taverne, ma gitane fait son office ; les 2 faces d’une main, le dos de la seconde. Elle est accompagnée de sa soeur qui porte un magnifique bébé. Je demande à pouvoir le photographier. Je n’ai jamais vu un aussi beau moufflet. Des yeux ... Les gitanes, ici, demandent au touristes 200 roupies pour leur donner le droit de prendre 1 photo (elles sont habillées en couleurs, saris et piercings locaux et jouent les modèles). Mais elle me laisse prendre autant de photos que je veux de son bébé ; et me suggère d’épouser sa soeur. Je décline gentiment. Elle finit par m’appeler “my brother” et m’offre un petit bracelet en cadeau. Là aussi, et sans l’avoir demandé, je m’en tire en payant le strict minimum (le prix officiel demandé par les gitanes pour ce type de peinturlurette va du triple au quintuple et elle insiste gravement pour que je ne révèle à personne combien elle m’a demané). Elle me demande et me propose de venir les photographier chez elles, dansantes. Je remets à plus tard, j’ai besoin d’y réfléchir. De temps à autres, je laisse mes 2 compagnons faire des photos. C’est plus fort que moi, j’ai confiance en eux.

Je quitte mon petit monde avec les mains badigeonnées d’arabesques orangées (pas très réussi mais qu’importe) ; je cherchais un contact avec ce type de personnes ; j’ai parlé franchement “business” avec ma gitane mais avec beaucoup de paix. OK pour pour une paire d’heures de shooting de danses gitanes, mais le prix sera convenu d’avance, et je payerai peu ... car je leur renvoie les photos en échange.

Je m’arrête en chemin dans la boutique des 2 jeunes stylistes rencontrés dans le bus sleeper ; tchaï et clopes, très “friendly”. J’apprends de nouvelles choses sur la vie économique en Inde (et effectivement, on est loin, très loin des complications labyrinthiques et tracasseries administratives à la française).

Aucune agitation ici, jamais, aucun affairement. Les boutiquiers saluent le touriste à chaque passage mais sans empressement. Durant l’après-midi, à l’entrée d’un escalier descendant vers les bassins, j’ai voulu prendre en photo un petit bassin où nageaient religieusement des dizaines de boutons de roses rouges et jaunes, et les mains de celui qui les préparait : “100 roupies for one picture”, me dit-il presque cyniquement. Je décline poliment. Comment payer pour une photo de boutons de roses ?

Je reviens à la guesthouse où je retrouve mes amis. Flor prend son bain de soleil sur la terrasse, Amin fait une sieste (il est environ 17h). Un ami de Flor nous rejoint, un Français vieux baroudeur de l’Inde et s’intéressant surtout aux antiquités. Ils partent de leur côté et Amin et moi entamons une longue conversation que nous reprendrons, à plusieurs reprises, jusqu’à très tard dans la nuit.

Entre eux, les divers groupes de “gitans” ne s’apprécient pas forcément. Struggle for life, ici comme ailleurs. Même certains brahmanes tentent de vous attirer dans l’un de leur temple pour une puja (cérémonie de prière) qui s’achève par le versement d’une coquette somme (m’a-t-on raconté). Mieux vaut se renseigner avant d’aller dans un temple ; c’est le bouche à oreille et la recommandation qui fonctionnent le mieux. Les voyageurs, ici, ne cessent d’échanger leurs expériences. Et au fur et à mesure où, résidant un peu longuement dans même quartier, l’on s’y fait des relations locales, on apprends les choses bonnes à savoir - qui fréquenter, où aller, qui éviter. C’est pourquoi l’Inde est un pays où une seule chose est nécessaire : avoir du temps.

Vers 18h, Amin et moi allons ensemble boire un lassi (sorte de milkshake indien mais épicé et agrémenté d’autres morceaux de légumes, fruits, cacahuètes). Un délice de fraîcheur (j’ai opté pour un mango lassi dont je prends le temps de savourer longuement chaque cuiellerée). A une boutique où Amin cherche une chemise, je discute quelques minutes avec un Anglais traversant l’Inde à moto pour y faire des photos.

Flor nous contacte par téléphone pour les rejoindre, lui et son copain ; au hasard de l’une de leur rencontre, ils nous ont trouvé un resto très sympa et original pour le dîner. Effectivement ... terrasse branchée (mood ibiza), vue sur lac, groupe de “drumers” dont les rythmes syncopés affolent le public jeune, international et toujours plus nombreux. Quelques indiens aussi. Nous mangeons à la romaine, assis/couchés. L’ambiance s’échauffe, les corps se trémoussent (le mien aussi, j’aime trop le rythme). Et, ô surprise, dans la cité sainte où l’absinthe et les oeufs sont interdits, je vois circuler les bouteilles de bière. Aucun interdit ne fait long feu. Cette soirée me ramène 25 ans en arrière mais hier est encore aujourd’hui. Après les drums, un occidental indianisé en sari blanc a sorti la guitare et en avant ... Ne manque que le feu de camp. Ambiance festive mais bon enfant ; ça fumette dans tous les coins.

Nous rentrons à la guesthouse. Nous croisons ça et là des groupes de vaches et chiens mêlés le museau fouinant de gros tas d’ordures à même la rue. Etrange dans cette ville si propre en journée (mais cela est peut-être fait exprès pour eux ?) - on ne cesse d’y passer le balais. Des femmes sont dévolues à cette tâche, et voilées. A quel prix?


Nous achevons tous les 3 cette soirée assis sur la terrasse de la guesthouse, face au lac asséché, ses temples, ses rares lumières, ses montagnes. Conversation politique, religieuse, métaphysique. La nuit est légèrement fraîche mais pas froide ; il a fait chaud le jour.

J’achève ma journée à peu près comme je l’ai commencée. Je me plonge dans le silence nocturne d’où me parviennent aboiements, chants, cris d’oiseau. Immobilité absolue de toute forme et lumière. Allongé sur le dos, j’admire la voûte étoilée. Ciel et air limpides du matin au soir. Tout est clean. Shianti.


Incredible India ... et demain sera encore un tout autre jour ( et je ne peux rien vous dire des rencontres que je fais en coulisses depuis Delhi, car c’est une autre histoire. Imprevisible India).

Connaissez-vous le mot “serendipity”?

Il était trop tard pour passer par un internet café - shianti, shianti, ... ici le slow life est la règle et je m’en imprègne. Si loin de Delhi ; si loin aussi du métro parisien et ses visages éteints. En Inde le temps est le seul luxe, la seule vraie nécessité. Le temps doit être à la mesure de l’espace pour que l’espace révèle tous ses secrets. (il est tard, je fais ce que je peux).

Pushkar est une ville-monastère (1000 temples et là chaque temple, minuscule ou grand, ses coupoles, ses ogives, ses couleurs, ses façades parfois décrépies, leurs dentelles de stuc et de pierre répartis sur toute la superficie de cette petite ville ; les petits cerfs-volants accrochés ça et là ; des dizaines de vaches errantes ; tous ses boutiquiers, artisans, tranquillement assis à ne rien faire ou presque (en apparence du moins car la ville est entourée par des dizaines de petites “fabriques”) - sinon à vous donner du “anamasté” (bonjour). Même eux sont imprégné par l’esprit des lieux ...

Autant l’apocalyptique Main Bazar de Delhi m’a plongé dans le vertige de la frénésie du struggle for life, autant le calme immobile de Pushkar chatouille des abîmes métaphysiques.

Je goûte dans ma chambrette bleue turquoise, sous mon ventilateur et au soin des mouettes (?) les dernières minutes de ce jour une nouvelle fois étonnant. Et ces regards, toujours ... ces yeux ... et ces mélanges d’encens et d’urines (PS : en raison des vaches en liberté, j’ai marché hier où il ne fallait pas, 3 minutes après avoir acheté ma paire de tongs) ; permanente coexistence des contraires et si naturelle. La beauté du site seule suffit, avec la cordialité de tant de ses habitants. Les visages de mes deux petits compagnons ...

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Un morceau de temple illuminé se contemple immobile dans une marre lisse et obscure. Jusqu’à la fin du temps.



jeudi 21 janvier 2010

21 janvier - Pushkar Oasis





Nous avons pris le bus “sleeper” dans une gigantesque gare routière de Old Delhi hier soir, vers 22h30. Hallucinatoire ... On se serait crû sur un port genre le Havre, des dizaines, des centaines de bus, avec d’énormes cargaisons au sol ou en train d’être chargées ... dans le fog de la nuit et les lueurs blaffardes, hallucinant ...

Dans le bus couchette, des rencontres, des photos d’enfants, d’occupants d’autres couchettes ... Il y a dans ce type de bus soit des couchettes “single” (1,40 m de long) ou “double” (parfois, toute une famille !) Ambiance ...

Un ami de Flor, et qui est aussi l’un de ses collaborateurs en Inde, s’est joint à nous pour la découverte de Pushkar.

Péripétie : m’étant finalement endormi très tardivement dans ma couchette de plus en plus glaciale (heureusement nous avions acheté des couvertures à 2 euros juste avant le départ), je m’éveille tout à coup lors d’une halte (10h de trajet jusqu’à Pushkar). Mais ... c’était la fin de la pause ... j’arrive à sortir, je demande au chauffeur de bien vouloir patienter encore 1 minute (nuit noire, fog, faibles lumières, je dormais à moitié), je fais ce que j’ai à faire et quand je reviens en courant, le bus était en train de faire sa marche arrière ... je dois mon salut à l’ami de Flor qui m’avait vu sortir et fait arrêter le chauffeur ! Tout le monde a bien ri.

Puis je me rendors illico et quand je me réveille ... STUPEUR !

le désert ... ciel bleu infini ... grand soleil ... chaleur ... Pour moi, l’Afrique ! Après un changement de bus, nous arrivons à Pushkar, l’un des haut-lieu mystiques de l’hindouisme ; on y raconte que c’est Brahma lui-même qui a fait jaillir les origines de la ville à partir d’un lotus. Temples bâtis autour d’un lac (malheureusement asséché en ce moment en raison d’une très mauvaise mousson l’été dernier). Photos à suivre ...


Petite ville fantastique, mystique, hyper paisible ... Contraste absolu avec l’apocalyptique “main basar”. Ici tout est propreté, simplicité ... Dans l’enceinte de la ville mystique, que du “veg’”, pas d’alcool et pas d’oeufs ! Une seule grande rue principale avec de charmantes petites boutiques.

Flor nous a pris un guest house ... en hauteur, face au lac et aux montagnes ... à couper le souffle.

Je chargerai les photos dès que je pourrai.

Me promenant librement sur une petite placette en début d’après-midi, je commence à faire des photos, sur mes gardes, un peu stressé, ne sachant trop si c’est autorisé ou non. Je pose la question autour de moi. Tout à coup, un homme me demande de le prendre en photo, ce que je fais dans sa boutique ; puis, très satisfait manifestement, il me demande de prendre son fils ; puis c’est la boutique voisine qui m’appelle, puis celle d’en face ... jubilatoire ...

Après quoi, je me mets à la recherche de mes 2 compagnons. En chemin, et sur l’unique voie, je suis rejoins par 2 enfants adorables (que j’avais pris en photo à notre arrivée) ; ils m’offrent des cacahuètes, je leur en achète et nous les mangeons ensemble en riant. Ils m’indiquent l’une ou l’autres boutiques dont j’ai besoin. Sur le retour, je leur offre un petit tchaï dans un minuscule bistro, vue sur le site religieux ; leur père nous rejoint, c’est un jour d’un instrument de musique très rare et dont l’art se transmets de père en fils (un peu comme les gitans). Photos ... un petit projet est en train de naître grâce à cette rencontre ...


Fin de journée, je fais une pause quiétude et silence absolue sur la terrasse de la guesthouse, face au soleil qui peu à peu décline ...

Puis nous allons manger “en ville” sur le toit faisant office d’un très bon restaurant, vue sur le lac entouré de lumières.

Vraiment magique.


Si vous cherchez la quiétude en Inde et si vous voulez bien vous passer radicalement de viande pendant quelques jours : rvs à Pushkar ! J’ai eu des impressions de casablanca, d’afrique, d’oasis ... le tout baigné d’hindouisme, de fleurs jaunes, de bâtons d’encens qui brûlent un peu partout, des saris de toutes les couleurs.

“Incredible India” - c’est le slogan du Ministère du tourisme.

mercredi 20 janvier 2010




20 janvier

Nuit dans la guesthouse : réveillés à 4h du matin par le chauffe-eau de l’immeuble en face, bruit de moteur à hélice pendant 2 heures.

Rien de spécial ce jour ; flor s’occupe de ses rendez-vous et je l’attends en taillant une bavette avec mon copain cachemiri à qui j’ai acheté une belle petite couverture - nécessaire ici par ce temps ; et nécessaire pour le voyage de nuit que nous entreprenons ce soir pour Pushkar. C’est une ville magnifique et très fréquentée par les hindous car au pied d’un magnifique lac. Malheureusement, le lac est en ce moment à sec ; mais la ville vaut le détour même dans ces conditions. De là nous verrons bien ! Ce sont pas les possibilités qui manquent : Bundi, Udaïpur, Jaïpur, Agra (oui, le Taj Mahal), ...

Ce mdi J’ai mangé à un “charriot” dce qui ressemble à de délicieuses crêpes épicées. Simplement fournies dans un morceau de papier journal. Le cuistot ne parlait pas un mot d’anglais, je n’ai donc pu savoir les épices intégrées ; mais il avait devant lui plusieurs petits pots métalliques cabossés ; et la pâte elle-même doit faire l’objet d’une préparation particulière. N’ayant pas de mémoire en raison d’un alzheimer précoce, j’ai oublié le nom de cette petite préparation très simple mais ... bourrative (total pour 3 “pains” : moins de 0,5 euros).

J’ai hâte de partir ce soir même si je n’ai pu faire à Delhi tout ce que je voulais. Telle est l’Inde. Tout y prend du temps. Delhi est une ville ou plutôt une mégapole dont on ne sait plus très bien où elle commence ni où elle finit.

Sur le plan architectural, elle fut remodelé au début du siècle, à la demande des Britanniques, par un urbaniste, Luytens. Delhi possède donc à présent de vastes et long boulevards et l’un d’entre eux - où je n’ai pu me rendre - est paraît-il l’équivalent (dans sa signification symbolique) de nos Champs-Elysées.

Delhi a l’avantage, en dépit de sa surface, de posser de nombreux et grands espaces verts et même une immense réserve naturelle. Et l’agglomération est si grande que l’aéroport y est inclus !

De mes échanges amicaux avec mon vendeur de textiles cachemiri et d’autres, il ressort que les Indiens sont généralement et profondément “friendly”. Même si on ne leur achète rien ! Ils aiment et cherchent le contact et vous offrent facilement un tchaï. Et entre voyageurs “travellers”, c’est ici extrêmement aisé. Une nation fort représentée en Inde sont les Israéliens. La coutume veut qu’une fois terminés ses 2 années de services militaire, l’Israélien fasse un voyage initiatique (1 an, en principe). L’Inde est leur pays de prédilection : complètement dépaysant, pas loin et, pour leur pouvoir d’achat, très bon marché même sur une très longue durée.

Rencontres qui permettent de se faire un facebook en chair et en os, avec des “amis” (des vrais!) aux 4 coins de la planète.


Exemple : cette italienne de Naple avec qui j’ai discuté hier dans la boutique m’a longuement parlé de sa ville ; et c’est la première fois que je pouvais parler avec une napolitaine. Or c’est une ville où j’ai l’intention de me rendre dès que je pourrai. De même, ma rencontre avec le couple de stylistes français vivant en Ardèche est pour moi passionnante aussi sur le plan anthropologique et architectural : ils vivent, ainsi que plusieurs autres (ils sont 12 habitants au total), dans un immense hangar réaffecté à cet effet (appartements, ateliers d’artistes, école de chants, ...) et y ont développé une vie communautaire où chacun même sa vie mais où règne une authentique solidarité. Rien à voir avec nos immeubles à appartements parisiens. Et pour moins de 300 euros par mois, ils ont 800 m2 à leur disposition. Ca nous laisse rêveurs, non .... ? Or ce type de forme de vie m’intéresse beaucoup.

Mais voilà, c’est l’Inde ! Et j’ai encore fait d’autres rencontres dont je vous parlerai peut-être un jour .... si elles débouchent sur ce que j’espère dans un futur plus ou moins proche.

Serju, qui s’est installé à Bormes, est dégoûté par l’administration bureaucratique française. En Inde au contraire, on sent une facilité et une spontanéité de travail et de création qui donnent envie - c’est ce que Serju me confirmait. Au fil des ans, son travail en France devient de plus en plus lourd en raison des contrôles et exigences administratives.

Mais bon ...



(flor et son ami/collaborateur, Amin, quelques heures avant le départ. On boit un tchaï dans la rue chaotique ...!)

Mais bon ... en route en bus de nuit (couchettes) pour Pushkar ...


(dans notre hélicoptère de combat, flor et moi derrière, chargés de nos sacs, dans un chaos routier sans nom, en route vers "old delhi" où nous attends, nous ne savons encore trop où, le bus qui doit nous emmener loin de là - à 300 km au sud).

mardi 19 janvier 2010

18 & 19 - Big Bazar ...






(un petit problème internet m'empêche de charger les photos ce soir ... à suivre, donc ! Mais je shoote un max, c'est une jubilation. Vérifier demain ou les jours d'après, je mettrai au fur et à mesure les photos "en retard")

18 janvier

Je décide de rester dans Main Bazar et de lire, ayant emmené avec moi un livre sur l’art indien. Je comprends mieux à présent l'histoire de ce pays et, surtout, les rapports entre indiens et musulmans, vieux de plus de 1000 ans. Delhi fut un sultanat.

Si vous voulez voir les merveilles "classiques" - j'en avais vue quelques-une au musée Guimet à l'occasion d'une expo il y a quelques mois - cherchez sur les Web les Bouddhas de l'ère Gupta. Une splendeur. Je n'en avais jamais vu d'aussi beaux, fins, raffinés, fluides, intérieurs ... magiques. J'avais écrit un article sur cette expo que vous trouverez peut-être encore sur www.artnet.fr (signé : étienne fauré).

Mais je dois changer d’hôtel et j’avais trouvé, pas très loin, dans une petite ruelle parallèle, un “truc” à 250 rps (env. 4 euros) la nuit. Je m’y installe puis rejoins mon “bistro” pour un tcahï (thé indien), 0,15 euros environ

J’entre-coupe ma lecture par des déambulations dans le quartier, j’explore les ruelles, prends des photos.


Je reviens au bistro et continue ma lecture.

Je fais connaissance, à l’heure du dîner, avec un sympathique couple de Français, stylistes, vivant environ 4 mois par an en Inde et Népal où ils font confectionner leurs créations qu’ils vendent ensuite sur les marchés d’Ardèche. J’apprends une foultitude de choses et de trucs divers : adresse fiable pour organiser un voyage, guesthouse encore moins cher et bien plus salubre pour demain (ils m’ont gentiment fait visiter leur chambre), cigarettes coréennes à 30 rps (moins de 0,5 euro), etc. Nous passons ensemble une très bonne soirée. Après quoi je recommence à lire puis je termine la soirée, la nuit complète étant venue, par des photos de rue, de nuit. Je m’enhardis de plus en plus parmi ces ombres noctures.

Depuis mon arrivée dans cet hôtel je demande une seconde couverture (il fait vraiment froid la nuit), mais pas moyen. Finalement, on me dit ce soir à mon retour qu’il faut payer un supplément - je renonce. Les toilettes ne fonctionnent pas (c'est plus ennuyeux pour eux que pour moi). J’entends le ronflement du voisin comme si nous partagions la même chambre.

Le seul avantage de cet hôtel est son "restaurant" sur le toit : de là, on peut voir une grande partie du quartier et rien ne vaut les vues aériennes. "Main Bazar vu du Ciel" !



Le fog est à peu près constant, les nuits sont froides. Il n'y a de chauffage nulle part (hôtels, bistro, ...)

Je vais à présent tenter de dormir, enfiler un 4è pull, le plus gros, en grosse laine et m’enrouler dans l’unique petite couverture.

Bonne nuit à tous !


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19 janvier

Après une nuit mémorable (impression d'avoir dormi nu sur une planche, et réveils constants), je quitte l’hôtel aussi vite que je peux et vais emménager dans la guesthouse renseignée par les amis rencontrés la veille. Effectivement : propre et encore moins cher pour 2, et ... 2 couvertures. Dans une ruelle étroite de même pas un mètre mais tout proche de la german bakery et de ... quelques copains locaux que je commence à me faire ici !

Après un bon moment de lecture, ma journée s’est passé à faire des photos. En fin d'après-midi, j’ai passé un long et agréable moment dans la boutique d’un kachmiri qui vend différentes sortes d’écharpes et autres créations. On sympathise, on rit (car on rit beaucoup ici). D’autres amis à lui sont là, je fais des photos de chacun ... (On enlève ses chaussures en entrant dans la boutique et on s'assied par terre ; mes hôtes sont musulmans du Cachemir). Une italienne de Naple était là aussi et nous sommes restés longtemps ensemble à discuter de tout autour d’un tchaï (thé du coin : thé, épices, lait, sucre). Après quoi je pars dîner et je retrouve par hasard mon sympathique couple de stylistes et le dîner se passe excellement bien. Je rentre à la guesthouse prendre une douche, il devrait y avoir de l’eau chaude. Oui, ouf. Puis je repars pour un dernier petit safari photo dans les rues noires de Main Bazar (pas d’éclairage public), seules les phares et les devantures des échoppes, qui ferment une à une, éclairent les lieux. Un peu partout, des petits groupes d’hommes ou de femmes (voire d’enfants) allument des feux, à même la rue ou le “trottoir”, pour se réchauffer ou cuisiner. Toute la journée, et à intervalle régulier, il est possible de manger à l’un de ces chariots qui dégagent de bonnes odeurs dans la rue. Pour les Indiens, la nourriture est si peu chère qu’il est plus intéressant de manger là que de faire soi-même à manger.


Au fil des jours me frappe ce fait : on vit dans la rue. C’est encore plus fort que ce que j’ai pu vivre en Italie. Certes, comme touriste, on se fait alpaguer toutes les minutes pour un rickshaw, une paire de lunettes, du hash (souvent ...), et on est le “my friend” de tout le monde. Mais tout se passe avec le sourire. Au bout de quelques jours dans Main Bazar, j’avoue même commencer à me sentir du quartier !

J’ai fait la connaissance d’un jeune Indien, 26 ans, ancien taxi et pécheur, ayant réussi à faire sa place en France. Installé à Borme-les-Mimosas, il fait les marchés où il écoule les vêtements qu’il importe d’Inde. Il rentre en France le 16 février, son français est presque parfait. Lors de mon dernier safari photo de cette fin de journée, nous avons longuement discuté.

Main Bazar est un quartier hallucinant ... ce n’est comparable à rien de ce que j’ai pu vivre ou voir (à la télé) en Europe. Les photos ne donneront qu’une très faible idée de la vie bouillonnante et chaotique de ces rues et ruelles où tout se mélanges : odeurs, hommes et femmes, humains, animaux perdus, chiens, vaches, ... ; ordures ... superbes petits écoliers en uniformes rouges impeccables entassés sur un rickshaw, femmes superbes dans leurs saris, miséreux abandonnés du monde, sadous et estropiés, musulmans, sikhs, hindous, ... On finit par trouver ce mélange et ces contrastes tout à fait naturels. Et ces yeux, ces regardds, toujours ces yeux et ces regards ...

Une chose est sûre : je serai content de quitter Delhi pour voir autre chose en Inde mais Main Bazar restera une expérience jusqu’à ce jour unique dans ma vie - et je vous la recommande. Mais il faut y rester quelques jours.

J'espère pouvoir charger les photos le plus rapidement possible !

Une fiesta "INDIA" à Paris en février commence à prendre forme ...

dimanche 17 janvier 2010

17/01 apocalypse market



Lever moins tardif ; petit déj délirant à l’hôtel : je demande 2 oeufs et effectivement ils finissent par arriver, oeufs mi-durs, tout nus, rachitiques, sans toast. Et le “room service” n’a pas compris que je souhaitais un café sans lait. Et je confond le sucre avec le sel... Je m’en vais donc à la German Bakery pour un frugal brunch (le “black cofee” y est nettement plus cher mais l’avantage est de pouvoir y sortir son ordi. Surtout, c’est un endroit clos, dans une ruelle perpendiculaire. Il y fait donc un peu moins froid qu’ailleurs en ce jour sans soleil, d’une fraicheur humide et qui s’infiltre partout (enroulé dans mes couvertures ce soir, j’ai un peu froid). Le fog recouvre la ville.


Me dirigeant vers la german backery, un tout jeune cireur de chaussure au sourire très craquant me propose ses services. Je résiste mollement ... "combien ?" - "What you want". Dans ces conditions ... Me cire généreusement les chaussures, refait une couture, remplace les les semelles intérieures (je ne suis pas sûr qu'elles soient de première main) puis me réclame 300 rps ... que je négocie à 250... tant mieux pour lui.

Je décide l’aventure du Old Delhi. Embarquement, après petite négociation sur un discount, avec le pilote d’hélicoptère. Je m’arrête tout d’abord à la grande mosquée.


ama Masjid, mosquée du vendredi, une des plus grandes du monde. “C'est, avec le fort rouge, la plus importante construction moghole d'Old Delhi. On la doit à Shah Jehan qui s'intéressait visiblement plus aux grands monuments qu'aux affaires politiques courantes. La mosquée de Delhi reprend le plan articulé autour d'une grande cour centrale instauré près de mille ans plus tôt par les omeyyades à Damas, et développé en Asie Centrale et en Iran. Elle se distingue toutefois de ce type de mosquée urbaine par le fait qu'elle est surelevée par rapport au niveau de la rue. Deux escaliers permettent d'y accéder, l'un du côté nord, pour ceux qui viennent de Chandni Chowk, l'autre du côté sud, pour ceux qui viennent du quartier du restaurant Karim's. Une fois là haut, on se déchausse.”


Je prends quelques photos - l’entrée dans la mosquée est gratuit mais il faut payer 200 rps pour avoir le droit de photographier.



De là, coups de pédales jusqu’au Fort Rouge. endroit réputé magnifique pour son architecture, les perspectives et jardins suspendus, rêve pour un architecte .... Cet ensemble fortifié construit sur une éminence dominant la ville était le lieu de résidence des sultans et de leur cour.

l’artère, grand marché affolant que je me promets de visiter.


En passant, j’aperçois à ma gauche, le long de l’artère qui joint la mosquée et le Fort rouge, une sorte de vaste hangard surmonté d’une pancarte signalant un marché tibétain, en plein “sundy market”. Je décide d’y aller faire un tour également après la visite du fort.

Arrivée au Fort Rouge dans un tintamarre assourdissant et un balai chaotique de véhicules de tous genres. Une queue interminable sur l’esplanade face à l’entrée. Je ne m’y attarde pas, pensant y revenir plus tard et surtout ... plus tôt. Une souriante japonaise me montre où acheter les billets en me faisant remarquer que les Indiens accèdent au Fort pour 15 rps et les étrangers, pour 250. Je ne m’attarde pas. Mais je décide de rebrousser chemin à pied pour me noyer dans le “sunday market”. Le marché le plus indescriptible que j’ai jamais vécu ... des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes. Des tuktuk, des ricshaws, des charettes d’un autre temps, des hommes et femmes portant des sacs immenses. Une foule compacte et très vivante, achetant, vendant, mangeant, buvant tout le long de l’artère ; des centaines de marchands à même le sol pour toutes sortes de fournitures, vêtements simplement entassés par terre. Complètement étourdissant. Je photographie beaucoup. La plupart des gens se laissent photographier ou me le demandent spontanément ; je leur montre alors la photo prise, ils s’amusent. Eh, oui, on sourit et on rit beaucoup. Le sunday market s’étend sur des centaines de m2, des centaines de mètres le long de l’artère et derrière, dans d’autres rues et terrains où sont plantés des campements de misère.






Je suis à la recherche du marché tibétain ; je ne le trouve pas, je repars en sens inverse. A tout hasard, je prends sur ma gauche une rue survoltée de vendeurs et d’acheteurs. Depuis plus d’une heure je n’ai pas vu un seul occidental et il en sera ainsi pratiquement jusqu’au bout. Finalement et par hasard, voilà mon marché tibétain. Ambiance moins survoltée, très calme même. Je suis frappé par la sérénité des visages et la beauté de certains visages de femmes aux tenues très soignées. Photos ... avec, pour certaines, beaucoup d’humour.

Toujours à pied, je remonte l’artère en direction du fort pour arriver à C ; l’une des artères importantes de Delhi, un peu les champs-Elysées. Des bâtiments officiels. Mais cette artère est le nerf principal du souk proprement dit que contient Old Delhi. Même ambiance que sur le sunday market. On avance difficilement. De là, sur la gauche, s’enfoncent un labyrinthe de ruelles flanquées d’échopes. En ce dimanche, la plupart sont fermées mais l’ambiance n’en est que plus étrange et le calme est frappant. Seules quelques échopes de tissus sont ouvertes ; tissus riches, familles assis au sol. Je suis à la recherche d’un temple Jaïn dont j’ai lu quelque chose sur le Web, je m’enfonce dans le souk lui-même, je me perds un peu dans les ruelles étrangement vide (n’était les motards à tout allure et autres tuktuk, là du moins où ils peuvent passer).

Je reviens au fort où j’avais aperçu un autre temple jaïn. Mais Il s’agissait en fait ... d’un hôpital pour oiseaux. J’enlève néanmoins mes chaussures (les Jaïns sont extrêmement stricts sur l’hygiène).

Complètement étourdi et assommé par le vacarme, l’agitation, la cohue, le stress de ce marché et de ces rues bondées, je décide de rentrer au Main Bazar. A côté de la fureur du sunday market, le main bazar m’apparaît calme comme un dimanche matin.

De Chandni Chowk, j’ai trouvé cette très juste présentation sur le oueb :

Les Champs Elysées d'Old Delhi. Cette artère rectiligne dans la perspective du Fort Rouge est l'épine dorsale d'un ensemble urbain de bazars tracé sur ordre d'une des filles du célèbre Shah Jehan, à qui l'on doit le Taj Mahal. Sur un plan de la ville, Chandni Chowk paraît être un endroit très ordonné, l'équivalent, en moins vaste, du Raj Path de New Delhi. La réalité sur le terrain est tout autre. Raj Path, c'est la logique du vide, on n'y voit strictement rien (ni personne), Chandni Chowk, c'est la logique du plein. Un endroit saturé de tout. Des rickshaws, des chars à boeufs, des piétons, des marchands ambulants, des saddhus, des prêtres jains qui balaient l'entrée d'un temple et des mendiants adeptes du libre service qui ont leurs mains dans vos poches. Lorsqu'on est immergé dans cet endroit on ne sait pas ou poser les pieds. Ce plein est aussi sonore, avec les tintamarres de klaxons et les marchands qui ne cessent de vous interpeller, et visuel avec toutes les echoppes colorées, les façades décrépies couvertes d'enseignes clinquantes, de panneaux publicitaires et d'affiches de productions bollywoodiennes. Sur un immeuble miteux, on voit le nom de la Columbia Tristar Pictures (agents for India)! Parfois, il y a des exceptions, des trous, des lieux un peu moins saturés, comme tel temple jain, un temple sikh, ou la façade monumentale à colonnes d'une banque qui occuppe un ancien palais du XVIIIe siècle.

Depuis Chandni Chowk, des ruelles étroites s'engouffrent vers les bazars spécialisés de la ville. Contrairement aux apparences, ce chaos est parfaitement organisé. La structure d'Old Delhi est proche de celle des villes arabes. Un axe principal, le grand souk, desservi par des transversales qui sont des souks ou bazars secondaires. Nous sortons de Chandni Chowk pour entrer dans un de ces bazars, sur la gauche (le fort rouge est derrière nous). C'est celui des bijoutiers. Un interminables marché de l'or ou les parures rutilantes remplissent les vitrines des echoppes. On trouve, non seulement des bijoux, mais également tous les accessoires ayant un rapport avec la bijouterie (supports de vitrine, outillage, etc.). Autrement dit, les bijoutiers vendent et achètent. Toujours un souci d'exhaustivité. L'Inde est un des plus grands consomateurs d'or au monde. Les familles indiennes se doivent de fournir à leur fille une dot composée de parures d'or. Les bijoux d'une femme, c'est pratiquement tout ce qu'elle possède, son capital. Qui dit bijoux dit mariage. Ça tombe bien. Depuis le marché de l'or, une perpendiculaire descendant sur la droite (en venant de Chandni Chowk) ouvre sur Kinari Bazar, le marché des articles pour mariages. Bienvenue dans le royaume du kitsch et des couleurs. A Kinari Bazar, vous trouverez tout ce que l'orient produit comme vêtements et accesoires bariolés: robes de mariées (et autres vêtements de cérémonies), luminaires, guirlandes, ça scintille de partout, c'est noel toute l'année. On est pris dans un tourbillon, on ne sait plus ou regarder. Vers le ciel? En levant les yeux on aperçoit les poteaux et les cables electriques tissés dans un enchevêtrement tellement impossible qu'on se demande comment tout celà continue à fonctionner?

(www.baronbaron.com)


Fin de journée. Je me remets de cet après-midi apocalyptique - mais riche en photos - dans un petit resto bar de main bazar, et je m’assieds dans le fond pour être en paix. Avec un bon thali (plat vétégarien) et la lecture d’un livre sur l’art indien. Enfin, un peu de calme.